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Traversée de l’atlantique en bateau : comment bien choisir son bateau pour éviter les plans foireux?

Traversée de l'atlantique en bateau

Effectuer la traversée de l’atlantique en bateau est le rêve de nombreux passionnés de voile et de jeunes voyageurs souhaitant vivre une aventure maritime hors norme, écolo et responsable. Vogavecmoi.com est le site de référence pour trouver des propriétaires de voilier recherchant des équipiers notamment pour la traversée de l’atlantique.

Toutefois, traverser l’atlantique en voilier n’est pas une navigation anodine et elle s’adresse aux capitaines expérimentés en navigation qui connaissent bien leurs bateaux et l’ont préparés spécialement pour cette traversée.

Avoir un bateau neuf ou bien entretenu ne sont pas des conditions suffisantes pour la réussite d’une telle aventure.

Pour se convaincre du bien fondé de bien choisir le bateau sur lequel vous allez embarquer, n’oubliez pas de lire le retour d’expérience d’une tentative de transatlantique qui a tourné au fiasco : Voiles et Voiliers n°575 : Ca vous est arrivé : notre projet de transat a tourné court à cause d’un skipper négligent.

Aussi il est important pour les équipiers qui trouveront un embarquement à bord d’un voilier, de savoir jauger le trio « capitaine + bateau + équipage » avant de s’embarquer.

Traversée de l'atlantique en bateau

Pour cela, nous avons interrogé François Meyer, un navigateur expérimenté, qui connaît bien l’aspect technique des bateaux de plaisance (c’est l’auteur du livre « L’entretien et la maintenance du voilier« ), en lui demandant quels conseils, il donnerait à ses propres enfants qui souhaiteraient s’embarquer une traversée de l’atlantique en bateau! Voici sa réponse sous forme de « lettre à ma fille ». Bonne lecture.

Ma chère fille,

Tu as 20 ans, le temps est passé si rapidement que j’ai l’impression de t’écrire cette lettre dans une sorte de rêve éveillé.

Je t’écris parce que je suis admiratif de ton projet mais aussi un peu inquiet…
Pourtant, depuis que tu as entrepris ce long voyage, vous dites “césure”, nous disions “glande”, ta mère et moi avons tremblé quelques fois, dix jours de randonnée en autonomie en Colombie ou des semaines de couchsurfing en Afrique et au Moyen-Orient ont mis nos nerfs de parents à rude épreuve !
Mais là, c’est différent.
Comment ne pas comprendre la volonté qui t’anime de revenir en France, par tes propres moyens, à la voile, en bateau-stop, dis-tu ?

Je vous emmène naviguer depuis que tu marches et nos vacances ont toujours rimé avec bateaux, que ce soient des voiliers, des bateaux à moteur ou des bateaux-mouches.
Nous avons vécu suffisamment d’aventures en bateau pour que tu saches que la navigation hauturière, c’est sérieux.

Tu te souviens sans doute de ce coup de tabac, de retour des Scilly ou il ne nous a pas été possible de prendre le troisième ris (bosse manquante !) sur notre bateau de location, j’avais barré trente heures. Trente heure c’est un souvenir, trois jours, c’est un calvaire et peut-être un accident…

Et la fois ou toute l’électronique nous a lâché, pilote compris, entre Calvi et le continent et nous sommes relayés à piloter à vue, (presque) comme au temps de Christophe Colomb ! C’était plutôt marrant mais on ne risque pas de tomber à court de vivre ou d’eau sur cette route.

Et ce bout de casier en dérive que nous avons pris dans l’hélice et le safran au milieu de l’adriatique, j’avais plongé, attaché, sous le bateau qui marchait à petite allure…

En mer, le danger est partout, les seules chances et expérience font la loi sur un bateau. Encore que seuls les chanceux expérimentés en profitent longtemps !
Je t’écris pour te mettre en garde dans le choix du bateau et de l’équipage sur lequel tu vas embarquer.

J’ai entendu dire, sur les pontons, par la sympathique équipe du club VOG que je connais par mon travail, qu’il y a bien plus de candidats à l’embarquement au bateau-stop, que de bateaux disponibles.
Cette situation crée un déséquilibre sur ce “marché”, en faveur des bateaux.

Et c’est de cela que je veux t’avertir.

Une transat retour, ce sont trois à cinq semaines de mer, suivant l’itinéraire retenu. Des semaines où il est exclu de compter sur quelque assistance que ce soit. Seuls, en cas d’urgence grave, les services de secours en mer peuvent parfois intervenir. Encore ces interventions ne sont elles pas immédiates.

Va rencontrer le skipper et visiter le bateau avant de te décider.

Les questions à se poser concernant le skipper avant la traversée de l’atlantique en bateau

Tous les êtres humains ne sont pas honnêtes, tu le sais, essaie de déceler s’il est bien celui qu’il prétend être et fuis absolument si tu relèves un soupçon de doute sur son expériences ou ses qualifications.

Les skippers “dans leur tête” et autres mythomanes conduisent parfois à de dramatiques faits divers.

  • Quelle est l’expérience du skipper ?
  • Pourquoi recherche-t-il des équipiers ? Méfiance particulière s’il est seul. N’a-t-il aucun ami pour l’accompagner ou sont-ils tous déjà avertis du risque qu’il leur ferait courir ? Il le fait que pour l’argent, Red light ! La plaisance est une activité qui nécessite soit des moyens soit un savoir faire. En l’absence des deux, les problèmes ne peuvent que survenir.
  • Demandes-toi aussi si tu te sens de passer un bon mois en compagnie de cette personne, en gardant dans un coin de ta tête la cible que tu peux constituer, pour un homme. Je ne suis pas trop inquiet sur ce dernier point car je connais la redoutable efficacité de ta boxe anglaise et de ta droite à assommer un bœuf ! Mais quand même, prudence !

Les questions à poser concernant le bateau avant la traversée de l’atlantique en bateau

Pose des questions, renseigne-toi sur l’équipement de sécurité du bateau.

  • Il est insensé de partir en transat sans balise Epirb ni moyen et communication satellitaire. Un appareil Iridium Go se loue 200 € pour une traversée et permet d’avoir la météo en temps réel. Sans information météo à jour, on revient au moyen-âge. Impossible d’échapper à une dépression (tu te souviens des dépressions tropicales antillaises ?).
  • Assure-toi qu’il y a des lignes de vie, des longes et des gilets, que le BIB est révisé, bref fais-toi exposer le plan “B”, celui où tout foire.
  • Fais toi expliquer les approvisionnements en eau, bouteilles ? Dessalinisateur ? Filtre ? Pareil pour les provisions et le gazole.
traversée de l'atlantique en bateau

Les questions à se poser concernant les co-équipiers avant la traversée de l’atlantique en bateau

Renseigne-toi aussi sur tes co-équipiers, hors de question d’embarquer à moins de quatre, qui prendrait les quarts ? Interdiction paternelle formelle de naviguer sans personne à la veille !

  • Rencontre tes équipiers et recherche la compagnie de gens solides et fiables.
  • Assure-toi de ne pas être entourée que de débutants, si le temps se gâte, il faut des bras.
  • Il faut un bon moral pour jouir ou supporter de la solitude et de la promiscuité d’une transat.
  • Il faut du courage. Regarde-les en te demandant s’ils seraient capables de risquer de te donner un coup de main si la situation l’exigeait ou s’ils se liquéfieraient sous l’effet de la peur.

Embarquement pour une navigation d’essai

Va visiter le bateau !
Propose-lui de t’embarquer pour une demi-journée.
Ce sera l’occasion pour toi de passer un moment avec l’homme et le bateau auxquels tu vas confier ton destin.
A bord, observe le skipper sur son voilier.

  • Comment est sa manœuvre de départ. Est-ce qu’il a l’air stressé ?
  • Est-il à l’aise avec son gréement ? La grand-voile d’envoie-t-elle facilement ? Ça doit être le cas, on doit pouvoir hisser à la main et étarquer au winch. Une forte résistance nécessitant l’emploi d’une manivelle de winch tout du long démontrent des frottements anormaux qui n’ont pas lieu d’être. Si ça frotte quand on hisse, ça frotte quand on prend un ou deux ris. Je te laisse imaginer le stress si le ris ne descend pas avec force 7/8 (comme dans le canal d’Eubée, tu t’en souviens) de la gîte et une nuit noire…
  • Comment le skipper prépare-t-il ses manœuvres, est-ce qu’il explique les choses calmement en amont ou hurle-t-il immédiatement pour se faire comprendre ?

Une visite du bateau obligatoire

Profite de cette sortie pour visiter en détail le bateau.
On n’embarque pas sur une épave même si c’est la seule possibilité qui s’offre. Crois-en un ancien chef de base, un voilier qui présente mal n’est jamais en bon état technique. Et un voilier mal maintenu n’est pas sûr.
L’état extérieur joue beaucoup mais ne fait pas tout. Mais un bateau sale, aux winches et pianos non entretenus ne laisse rien présager de bon.
Promène toi sur le bateau.

  • Observe les drisses et écoutes. Effilochées à quelques jours du départ ? Mauvais signe. Regarde les haubans, le pataras et l’étai, passe la main dessus et regarde les ridoirs (les tendeurs de câbles) tout cela doit être net, sans filaments d’acier rompus.
  • Regarde la bande anti-UV du génois (la bande colorée qui le recouvre quand il est enroulé sur ses derniers tours), elle est décousue partiellement ? Le voile peut être dans le même état !
  • Observe l’électronique. Interroge-le sur la redondance des systèmes de positionnement. Y-a-t-il à bord un second GPS ? Idéalement un second pilote automatique ?
  • La VHF fonctionne-t-elle ?
  • De quand datent les batteries, quelle est leur capacité, comment se rechargent-elles en mer ? Plus de batteries, plus de pilote ni d’électronique !

Nous avons eu de la chance car mon métier me permet de disposer de voiliers neufs, je ne te conseille pas de ne t’embarquer que sur un bateau neuf, mais un bateau ancien, bien entretenu, doit ressembler, dans son état technique, à un bateau neuf. Tout doit fonctionner et être entretenu.

Les signes extérieurs de relâchement dans l’entretien se retrouvent à coup sûr dans les équipements techniques.

  • Est ce que le bateau sent le gazole et l’huile ? Une odeur légère, quand le moteur tourne ou juste après, c’est normal, un odeur prenante, permanente, moteur éteint, c’est le signe d’une cale sale et/ou de fuites.
  • Pour t’en assurer, il faudrait jeter un coup d’œil à la cale moteur. Un cale sale, c’est très mauvais signe, ça démontre à coup sur quelqu’un qui n’a ni les compétences techniques pour entretenir lui-même convenablement son moulin (sinon il nettoyait le tout pour ne pas s’asseoir ou ramper contre un moteur sale) ni les finances nécessaires pour le faire faire, les bons professionnels laissant des cales propres derrière eux. Il ne s’agit pas d’hygiène, mais la crasse d’une cale, mélasse collante, peut retenir des déchets à même d’interdire le fonctionnement du flotteur de déclenchement d’une pompe de cale, ou générer des courts-circuits sur des branchements électriques mal effectués.
  • Pour finir avec ça et bien que je me rende compte de la difficulté à pouvoir réaliser ce genre d’inspection dans ton cas, si tu parviens à jeter un œil derrière l’armoire électrique (les switches) pour te rendre compte de l’état de la bête, fais le. Si ça a l’air “mal bricolé”, c’est mauvais signe, ca doit ressembler au câblage d’un navire suisse !
  • Enfin, est-ce que le skipper emporte des outils, des pièces détachées ? Pose lui ces questions.

Enfin, écoute ton instinct!

De retour à terre, fies toi à ton instinct. Tu n’es pas obligée de revenir en bateau-stop. C’est formidable de pouvoir le faire mais ne l’entreprends qu’à la condition que tes voyants aient tous viré au vert.
Si tu ressens le plus petit des malaises, renonce à ce bateau. Il y en aura d’autres. La bourse d’équipier Vogavecmoi que tu as utilisée, les amis, les amis d’amis, les convoyages avec des pros. Il y a toujours une solution.

L’essentiel est d’avoir le choix pour pouvoir faire le bon !

BONUS : ne pas oublier de bons livres!

Maintenant, que tu es sûre de ton choix pour ta traversée de l’atlantique en bateau il te reste à te préparer un bonne liste de lecture et à de longues playlist.
Fais moi signe pour les bouquins, je t’enverrai avec plaisir ceux que tu voudrais emporter. Bougainville ? Conrad ? Moitessier ? La Bible ? Le Coran ? La Torah ? Freud ou Stieg Larsson, Bret Easton Ellis ou Marc Aurèle ? Mieux vaut un ou deux bouquins de trop que de se forcer à lire quelque chose d’ininntéressant au cours de cette merveilleuse aventure que tu t’apprêtes à vivre.

Je peux aussi t’envoyer mon sextant avec un cours de navigation astronomique et des tables, si tu veux.

Tiens nous au courant ! Je t’embrasse ma fille

Papa

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